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AFRIQUE : La création des richesses est inévitable pour s’en sortir durablement
La situation de l’économie, de la culture, de l’éducation, de la santé et de l’emploi demeure très dégradée en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne où le mythe de Sisyphe éclaire l’action publique depuis plus de quatre décennies. René DUMONT ne s’est pas trompée dans son diagnostic incontournable sur le mauvais départ de l’Afrique noire dès 1960 (1). Fatalement, une malédiction obère les esprits des élites dirigeantes et des cadres africains, tous emportés dans la tourmente d’un jeu destructeur, dont les règles machiavéliques combinent domination et exclusion, enrichissement illicite des uns et paupérisation du plus grand nombre, confiscation du pouvoir et violation des droits de l’homme.
Tout a été dit pour que l’Afrique s’en sorte. Mais, il manque une vraie volonté politique et une profonde implication de tous les acteurs sociaux pour mettre enfin ce continent en situation de développement. L’ordre règne vaille que vaille, le plus souvent violemment, pour perpétuer une situation critique et injuste dont profitent exclusivement les dirigeants politiques, leurs proches et les affairistes du non-droit pour l’Afrique. Le changement demeure une préoccupation rémanente, une revendication de tous les instants, une formidable attente toujours déçue par l’impéritie gouvernementale et l’impunité dont bénéficient les kleptocrates qui ont fait main basse sur les rentes tirées de l’exploitation des fabuleuses ressources naturelles du continent. La dépendance économique et la domination géostratégique ajoutent à la faiblesse de l’Afrique dans un monde en mutations. Qu’il s’agisse de la mondialisation et de la société de l’information, l’Afrique n’y entrent que de plain pied et avec beaucoup de retard.
Or, il ne suffit pas de prendre le train en marche, il faut encore arriver à destination. L’Afrique s’est trop souvent perdue en route, faute d’une politique de développement lisible et visible. Les caprices des princes régnants, les divisions nationales, le nombrilisme des Etats, l’immobilisme politique, constituent autant d’éléments révélateurs de la praxis archaïque et de l’imposture dont souffrent la plupart des Etats du continent. Pour retrouver la voie du développement, il faut de l’effort, de l’audace, de l’invention, du mérite et de la justice. Certains Etats l’ont mieux compris que d’autres et se portent mieux qu’eux : l’Afrique du Sud, le Botswana, le Cap-Vert, le Ghana, l’Île Maurice, le Maroc, le Mozambique, les Seychelles, la Tunisie, etc. D’autres, malgré la limitation de leurs ressources naturelles, expérimentent avec succès la démocratie libérale adaptées aux contingences natives : le Bénin, le Sénégal, le Mali, etc. D’autres encore, bien que mieux loties en ressources naturelles (pétrole, gaz naturel, métaux précieux, minerais lourds, produits agricoles de base, etc.), continuent de végéter, du fait du jeu politique (dispute ethnique ou confessionnelle du pouvoir), dans des pesanteurs régressives.
Quoi qu’il en soit le défi du développement en Afrique passe avant tout par l’amélioration et la consolidation de la production. Depuis un moment, on sait que l’Etat africain postcolonial ne peut plus tout faire, ayant échoué à vouloir par trop intervenir dans le domaine économique. Or, entre passéisme et totalitarisme, la politique en Afrique n’a su ni pu, d’une manière générale, mettre en œuvre le développement global et le progrès du droit des gens. L’interventionnisme africain a débouché plutôt sur la dictature, l’économie de rapines ou de prébendes, les reculs significatifs en matière d’éducation, de santé, de culture, de travail et de justice. De cette singularité africaine, quelques enseignements ont été tirés au dedans eu au dehors.
Au dedans, il faut dire que le déni de justice, l’expression récurrente de l’incurie, le détournement permanent des deniers publics, l’éclatement sporadique des guerres civiles sans fin, la préméditation des génocides et la substitution de la démocrature au parti unique dirigeant, constituent autant de manifestations évidentes du contre-développement. Là-dessus, point n’est besoin d’accuser les puissances étrangères, l’impérialisme occidental. Ce qui prédomine c’est que, sur toutes ces choses de leurs cités, les Africains, à plus forte raison les politiques, n’ont de cesse de démissionner et d’attendre que Dieu intervienne enfin pour sanctionner l’impéritie gouvernementale et l’attentisme des acteurs sociaux. Cette posture ne saurait suffire. Les Africains doivent faire leur introspection, pour se remettre en question et réviser profondément et radicalement leurs pratiques sociales. Pour parvenir à une organisation sociétale qui fonctionne vraiment pour l’intérêt général, les peuples africains doivent souscrire à la logique de contrepoids pour conquérir leur place et s’affirmer comme les véritables détenteurs de la légitimité politique. Quant aux dirigeants politiques, leur mentalité doit changer de telle sorte que leur accession au pouvoir ne puisse plus signifier usurpation de la souveraineté nationale et appropriation des richesses du pays. Donc, il faut que la culture démocratique puisse régner dans la société légale comme dans la société réelle.
Au dehors, il s’agit pour l’Afrique de s’affirmer sur la base de ses intérêts propres, et non sur ce que la logique mondiale de puissance lui réserve. A force de ne se complaire qu’à favoriser l’accès des entreprises multinationales à ses ressources primaires, l’Afrique a fini par perdre la maîtrise de son destin collectif. La dégradation des termes de l’échange, du fait de la spéculation boursière, impose à l’Afrique des réformes structurelles et conjoncturelles avant tout conçues pour assurer, encore et encore, le libre échange et le profit. Seulement, les peuples africains n’en profitent pas du tout, faute de bénéficier de leurs gouvernements d’une politique de redistribution dynamique. Ils en sont réduits, faute d’une alternative souveraine, à vivre de la mendicité de leurs gouvernants sur la scène internationale, de la charité des pays développés et de l’engagement des ONG occidentales sur le terrain. Car l’aide publique au développement ne tient pas toutes ses promesses, les pays donateurs ayant leurs propres problématiques à résoudre, notamment au regard de la compétition internationale et de la dispute du leadership mondial.
Dès lors, la question existentielle se pose pour l’Afrique : être ou ne pas être dans un monde qui la prédestine à la marginalisation si elle ne fait rien pour s’adapter aux mutations consécutives au passage de l’ère industrielle à l’ère informationnelle. Pour être de ce monde là, l’Afrique doit convenir de la faisabilité d’une politique de création des richesses à partir de tant de l’expression territoriale des besoins que de la compréhension des attentes des autres continents. Elle doit partir d’elle-même, de sa propre créativité, de sa propre inventivité, pour se renforcer à l’intérieur et pouvoir échanger avec l’extérieur sur des bases plus saines ou plus équitables.
Toute la difficulté est de définir au plan national comme au plan régional, l’effort de tous pour le développement endogène. Car, il faut tenir compte des pesanteurs actuelles qui minent l’unité africaine et le développement continental, à savoir : la porosité et l’artificialité des frontières héritées de la colonisation, la déliquescence des Etats (certains étant même dépecés par des pays voisins en meilleur état physique), le pouvoir à vie de certains dirigeants, l’évasion des capitaux et des recettes fiscales, la corruption des gouvernants et des fonctionnaires, les lenteurs administratives etc. Les auteurs et bénéficiaires de tels dysfonctionnements n’ont pas intérêt à ce que les choses bougent et changent en profondeur. D’où le double discours qui décrédibilise le projet de l’Union Africaine, la révélation au grand jour de l’apathie et de l’indolence des gouvernants africains, la désespérance des peuples à qui tout a été promis et qui ne voient rien venir. Il faut en sortir en sachant avant tout compter sur ses propres forces.
Ce qu’il faut, dès à présent, c’est un esprit pionnier qui doit s’exprimer partout, pour expérimenter la liberté d’entreprendre et faire évoluer le cadre institutionnel et financier actuellement en place. Ce cadre est par trop figé, étant surtout le fruit du mimétisme que le produ |